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Création, communauté, travail en commun...
Les chemins de la création sont multiples. Catherine Diverrès en fait un acte de partage, une mise en commun, presque de sa part un acte de retrait, de renoncement.
Création, communauté, travail en commun...
Les chemins de la création sont multiples. Catherine Diverrès en fait un acte de partage, une mise en commun, presque de sa part un acte de retrait, de renoncement. Les danseurs lui répondent ici brièvement, au cours d'entretiens avec Irène Filiberti, sur lesquels nous aurons l'occasion de revenir plus longuement prochainement.
"Le multiple dans l'exercice de la chorégraphie comme dans tout art vivant qui rassemble une multiplicité d'êtres, donc de singularités, de talents au projet d'une œuvre est une aventure humaine, un atelier d'écoute, d'abandon, d'audace, d'humilité; un exercice, une école de la démocratie(?) dans l'acception du cadre, des limites posées par celui ou celle qui oriente la forme à venir. Les contradictions qu'engendre la subjectivité de chacun dans l'interprétation, la compréhension du processus de l'œuvre est une mise à l'épreuve pour tendre ensemble vers une forme et la faire «tenir», qu'elle soit achevée ou non, mais déterminée dans ces différentes phases temporelles et de présentation (ou non-présentation, mais déterminée par là-même). Hors de ce multiple informe (ou multiplicité anarchique de l'informe, du vivant, du donné, de l'organique et de l'imaginaire) s'organise une forme par un travail en commun. Il produit des discours ( entendu comme gestes, verbes, actes) contradictoires que cimente l'unité de la forme, c'est-à-dire l'écriture (ici la chorégraphie ailleurs pièce de théâtre, ...). Lorsque le multiple est convoqué, les différences d'individuations se trouvent confrontées à l'unité de la forme et plus celle-ci est menacée, disons suspendue, tendue vers une harmonisation de la pluralité des formes, forces, énergies, directions singulières. Plus cette forme doit alors être précise, aiguë et renvoyer chacun à mettre en perspective, en jeu, en dialectique sa subjectivité propre à partir de l'objet sur lequel il travaille. C'est ainsi que l'on pourrait nommer communauté non pas le fruit d'une éthique, d'une politique partagée, d'un but commun porté par un idéal, une confession religieuse, mais du vivant, de la durée, de la pensée de soi à l'autre, aux autres et inversement; communauté tendue vers un objet, une forme, un processus plastique..., qui convoque la vanité de nos forces spirituelles, intellectuelles, physiques pour cette chose abstraite, gratuite, superflue(?)".
A cette "communauté qui articule, insuffle, meut une écriture par la pluralité de ses voix et de pensées incarnées", répond la liberté revendiquée par Marta Izquierdo Munoz, liberté de l'interprète de "créer dans le petit coin d'espace qui reste une fois la forme apprise, comprise, pour l'habiter, lui donne vie."
"On a des énergies, des personnalités, des vécus très différents", affirme Fabrice Dasse. "Et il faut bien à un moment donné qu'on mette cela en commun ou en tout cas qu'on arrive à jouer avec ça, pour inventer autre chose. Catherine m'a donné beaucoup d'éléments à travers sa gestuelle avec son langage, le vocabulaire, de principes pour aborder le mouvement, la question des états, la présence, savoir s'effacer, apparaître, disparaître et puis il y a comment chacun essaie d'intégrer ces éléments à son propre travail pour essayer de donner quelque chose de soi. Dans les créations, nous sommes amenés à faire des propositions, à investir plein de registres différents. Dans Fruits, il y a plein de choses que je n'avais jamais pu explorer auparavant en tant qu'interprète. Tout à coup plein de choses sont sorties, plein de couleurs. Mais si cela été possible c'est que derrière, il y avait eu des choses assez solidement acquises qui ont permis qu'elles apparaissent. Nous avons collecté cela ensemble, et cela a créé une vraie identité. Chacun a amené quelque chose de vraiment personnel qui a été redistribué entre tous. Il y a une vraie mise en commun de quelque chose de personnel."
"Cherche-t-on finalement une unité entre nous, qui passe par la technique de Catherine, une unité de qualité dans le mouvement, l'être ensemble, ou bien l'expression d'une singularité, la notre, celle des personnages?", s'interroge Julien Fouché."Il y a un équilibre à trouver. C'est vraiment ça, la vie d'un groupe."
Publié le 2003-09-18
Source Texte : ccnrb (http://www.ccnrb.org)
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