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ALAIN MICHARD
Echanges de mails entre A. Michard et A. Collod autour de "la coalition" extraits...
Echanges de mails entre A. Michard et A. Collod autour de "la coalition" extraits...
Anne Collod
« Mise en commun » : Je crois que tu as cité ce terme à propos de ton travail, qui serait une vaste et incessante «mise en commun» ? Quelles sont pour toi les possibles, les conditions, les processus d'une mise en commun ? Cette formulation m'intéresse concernant la notion de communauté : plutôt que constituée à partir d'un «en commun» la précédant et la fondant, la communauté serait l'espace de la fabrication, de l'invention d'un «en commun», donc d'un travail sur les dynamiques même qui la rendent possible, sur les processus de sa propre existence. Comment fabrique-t-on du commun à partir du singulier ? Comment ce singulier devient-il non pas la propriété de tous, mais se retrouve-t-il réapproprié, incorporé, transformé par chacun ? Et comment, à partir d'un nouvel «en commun», fabrique-t-on à nouveau d'autres singularités ?
En préambule : la communauté, un mot usé, trop usagé ? La suspicion et la tendresse ? Une chose dont je n'ai pas parlé, qui me paraît importante : La notion de «communauté temporaire» ; toute communauté est à penser comme temporaire, et temporelle, inscrite dans le temps.
Chère Anne,
En effet, vaste sujet que celui de «la communauté». Il semble qu'actuellement ce terme de «communauté» revienne dans de nombreux propos/projets, après avoir été fuit longtemps parce que trop lourd de connotations.
Cela renvoie notamment pour moi à cette «communauté de célibataires» dont Giorgio Agamben (je crois) parlait, et qui défini bien l'association de solitudes irréductibles à laquelle nous sommes tous existentiellement condamnés. J'utilisais cette définition pour éclairer le groupe des «signataires du 20 août». Loin d'un fantasme de fusion, nous prenions acte de nos différences, et fondions notre association sur ces différences même. Nous y investissions donc nos forces et nos faiblesses, nos certitudes et nos doutes, dans un but (un idéal ? ) commun. En l'occurrence, il s'agissait donc moins d'affinités artistiques que de sens du «bien commun», sous le sceau du respect, et poussés à converger les uns vers les autres pour faire front face à une politique qui ne nous convient pas et prendre ensemble nos responsabilités d'artistes.
La question de la communauté tourne toujours autour de celle du politique. Dans le cas de la danse, je distinguerais trois types de communauté :
La communauté humaine, sentiment ou pensée philosophique ou religieuse, qui rattache tout être humain au monde auquel il appartient (la clef se trouvant dans cette «appartenance»).
La communauté artistique, le «milieu», que l'on subit, que l'on cultive, dont on jouit et que l'on hait.
La communauté artistique restreinte, la «famille» que l'on s'est choisi, parfois en opposition plus ou moins directe à d'autres familles et enfin, la communauté provisoire réunie autour d'un projet.
Cette dernière m'intéresse particulièrement, car c'est là, dans ce laboratoire, dans ce temps et cet espace restreints et par conséquent protégés, que l'on peut tenter des expériences qui nous donneront l'illusion de prendre les choses en main
Je considère que tout projet de création est basé sur une utopie communautaire, et qu'au cœur de ce projet se pose la question du travail, et qu'à la base de cette question du travail se pose celle du partage des espaces et des savoirs, c'est à dire des rapports de pouvoir, de la conscience de soi, mais aussi du désir et de la frustration.
Ce qui m'intéresse, je crois, c'est d'observer comment, à partir d'une impulsion initiale, sur des bases souvent floues et avec un absolu sens de l'aventure, un groupe de personnes va tenter de poser l'impossible équation de la réunion de leurs forces. Tout le monde s'attend aux décalages, aux tensions, aux déséquilibres, mais tout le monde est conscient et désireux de tenter, encore une fois d'ouvrir un espace commun. Et au final, c‚est sans doute moins l'aboutissement formel de l'œuvre que le constat d'un désir toujours vif d'être ensemble qui fait le sentiment de «réussite» d'un projet. Encore que l'aboutissement formel, le «passage à l'acte», l'ouverture de la communauté au regard du public, en soit le prolongement indispensable.
Publié le 2003-09-18
Source Texte : ccnrb (http://www.ccnrb.org)
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