Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Irène Filiberti
presse Echo
“Du mouvement, juste cela. Celui de Catherine Diverrès. Une danse aux multiples visages tendus, offerts à l'espace. Un esprit aussi qui parle de gravité et de poids, de vide et de verticalité, de qualité de présence, de relation au monde. Une écriture surtout, délicate ou tranchée, fluide ou poreuse, où les corps vibrent au moindre écho dans l'espace, réagissent aux plus infimes particules de sensations traversées. Après avoir entrepris un premier travail de transmission auprès de ses interprètes féminines dans Voltes, la chorégraphe a choisi de retraverser ses œuvres, sept de ses pièces créées au cours de ces vingt dernières années. Comme pour Cantieri, son précédent spectacle créé à la suite d'une résidence à Palerme, Catherine Diverrès modifie son processus de travail pour réinvestir la danse, non plus du côté de la résonance avec un pays et une culture différente, mais en relation avec le temps, la mémoire, la transmission de la danse. Un matériau que les nouveaux interprètes ne vont pas puiser en eux-même à travers des recherches et autres formes d'improvisations, mais plutôt en enquêtant sur des évènements passés. Pour réinvestir le mouvement, il faut entrer dans une matière déjà existante mais en l'état de traces, éclats, bribes, élans, jaillissements. Parfois, il faut que le corps se plie pour entrer dans l'habit, lui donner son volume, son poids. Tandis que Catherine Diverrès s'attache à extraire, réorganiser, polir sa propre matière chorégraphique, à lui donner une nouvelle patine, les danseurs entrent dans le monde énigmatique de la réminiscence. Là où mots et sensations enveloppent le cheminement des corps dans l'espace, à la recherche de leur impalpable inscription. Toutes les dimensions de la transmission sont ici évoquées dans le dialogue et le partage avec les interprètes.
L'idée du jaillissement accompagne cette démarche qui, des nouveaux danseurs de la compagnie, à certains de ceux qui ont été à l'origine d'une création, jusqu'à la chorégraphe elle-même, interrogent les qualités du mouvement, son langage et les formes spécifiques du développement de sa pensée. Lente élaboration, jusqu'à la maturation de nouveaux fruits, d'une nouvelle pièce, taillée dans le vêtement d'anciennes. Cette façon de voyager dans le temps et d'investir la chorégraphie pose de multiples questions. Quel est le caractère spécifique de chacune des pièces choisies ? Comment organiser une matière déjà existante, liée à une écriture, un propos, une œuvre sans le processus de création qui accompagne chaque spectacle, sans la matière originelle produite par chaque danseur engagé dans cette aventure singulière que représente la naissance d'un nouveau spectacle? Qu'en reste-t-il au-delà des interprètes d'origine ?
Questions de chorégraphe aux prises avec un geste en bascule : actualité d'une nouvelle création et mémoire du travail, que les traces vidéo ont retenu captives, que certains des anciens interprètes sont venus transmettre aux nouveaux. Eux-même évoluant dans cette nouvelle matière jusqu'à s'en dégager par leur propre interprétation. C'est tout l'art de la danse et la fonction de son langage qui sont en jeu dans cette création.
Catherine Diverrès, qui dans San interrogeait le geste du peintre, son rapport à la surface, au cadre et à la couleur en lien avec le travail chorégraphique, se pose ici la question de la musicalité. L'ensemble des extraits sélectionnés, agencés selon une progression rythmique privilégie le chant des corps (...) Stances solitaires, cadences liées à l'évocation de la communauté et son histoire, toutes les palettes du temps palpitent sur le plateau, dans un espace noir et profond qui se transforme par vagues, se teinte de différentes couleurs, varie selon les émotions et les états traversés. Un voyage intérieur qui nous parle d'une communauté et de sa langue. La danse.”
Irene Filiberti
Publié le 2003-10-06
Source Texte : ccnrb (http://www.ccnrb.org)
Genre : revue de presse
Thème(s) : communauté,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Irène FILIBERTI (journaliste),
Passage(s) :
Source Artishoc : ccnrb - http://www.ccnrb.org
A voir :