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Retour sur Le Bauhaus


Retour sur Le Bauhaus



Geneviève Vincent revient à l'histoire d'OSKAR SCHLEMMER et du Bahaus. Cette figure majeure de histoire de l'art du XXe siècle est encore source d'inspiration pour de nombreux artistes aujourd'hui, au nombre desquels la chorégraphe Catherine Diverrès.


A la demande d'Antonio Pinto Ribero, directeur de Culturgest à Lisbonne,
Catherine Diverrès a créé il y a deux ans SAN, une pièce en hommage au chorégraphe allemand Oskar Schlemmer. "Je me suis penchée sur son déchirement, avant son esthétique" souligne Catherine Diverrès.
"Le personnage est si complexe, à la fois théoricien et artiste sachant tout faire, peintre, architecte, homme de théâtre, chorégraphe ayant influencé toute la danse contemporaine en Europe et aux Etat-Unis." .
San, c'est presque l'avant et l'après-Schlemmer. Tandis que les déplacements des trois danseurs sont inspirés des préceptes du Bauhaus, la dramaturgie emprunte plutôt à l'expressionisme auquel le mouvement s'opposait, et au surréalisme, qu'il contribua, en partie, à créer. Tant il est clair pour Catherine Diverrès qu'il s'agit d'une période féconde mais tragique qu'on ne saurait couper de ses racines ni extraire de son contexte. Sous la plume de Geneviève Vincent, retour indispensable sur l'histoire, ouverture également sur l'avenir, tant son influence demeure réelle aujourd'hui encore.

“Le Bauhaus est une école d'Art qui fut créée sur la lancée des idées utopiques nées de la fin de la première guerre mondiale. Cette institution révolutionnaire cherchait à réinsérer l'art dans la société par le biais de la production. Elle a posé à ses débuts toutes les problématiques de l'époque: la régénération de la société grâce à l'art, l'unité entre l'architecture, l'art et les arts appliqués, la relation entre fonction et décoration, la recherche d'un langage plastique universel et la nécessité d'élaborer en commun une nouvelle théorie de l'art. 1919 : l'architecte berlinois WALTER GROPIUS signe le premier manifeste du Bauhaus, il vient d'être nommé directeur de deux établissements du duché de Weimar : l'Académie des Beaux-Arts et la Hochschule des Arts Appliqués. C'est un appel lyrique pour l'unité de tous les arts sous l'égide de l'architecture en vue de créer un nouvel art de bâtir qui serait le symbole d'une foi nouvelle. La jeunesse allemande désemparée vient de subir l'expérience de la boucherie guerrière de la première guerre mondiale, et cependant les candidatures affluèrent de toute l'Allemagne. Cela tenait probablement à la promesse d'un bâtir humain, communautaire et fusionnel.
Le terme Bauhaus évoque la bauhutte, cabanon de chantier des artisans au temps des cathédrales médiévales, soit un lieu de réconciliation des pratiques et des individus autour de valeurs à la fois populaires et mystiques. Le Bauhaus ne fera pas exception et s'impose d'emblée comme le lieu de l'utopie. D'abord par l'inter-complémentarité de tous les arts dont l'architecture est le but suprême. Ensuite par l'enseignement qui se pratique hors de toute discrimination hiérarchique entre "arts majeurs" et "arts mineurs ou appliqués", d'où le développement considérable du design qui réconcilie l'invention esthétique et son application fonctionnelle voire industrielle.
Le Bauhaus a vécu trois étapes successives correspondant à trois résidences successives : à Weimar de 1919 à 1925, petite ville de Thuringe fière de son passé artistique et littéraire où les baushausler ne pourront guère se faire accepter. Dès 1919 on trouve des arguments racistes dans des slogans contre le Bauhaus , on reproche à l'école d'avoir accordé trop de place à “ des éléments de souche étrangère. ” Et d'être dominé par “ des tendances spartakistes et juives. ”.Puis à Dessau de 1926 à 1930, ville dynamique et socialiste où l'école investira de magnifiques bâtiments dessinés par WALTER GROPIUS, enfin à Berlin de 1930 à 1933 où l'école est dirigée par MIES VAN ROHE. Jusqu'à sa fermeture par les nazis, le Bauhaus attirera par son programme pédagogique révolutionnaire les esprits les plus brillants de son époque. Les recherches menées par les étudiants encadrés par des artistes professeurs : Klee, Kandinsky, Schlemmer, Moholy-Nagy, sont de première importance pour l'art du XXème siècle. Ce fut également un lieu de circulation d'artistes de toute l'Europe (Hollande, Hongrie, Union Soviétique...), un espace de confrontations de styles (Expressionnisme, Constructivisme, Art abstrait...). Et de débats autour de conceptions pédagogiques opposées.

Pédagogie et ateliers :
Le Bauhaus se trouve être au carrefour de deux histoires qui n'en font, plus qu'une :celle des modernités et celle des pédagogies. C'est toujours lorsque la culture occidentale remet en question ses valeurs formelles et idéologiques que la pédagogie fait l'objet d'une préoccupation prioritaire. Au Bauhaus l'élève passera du statut d'élève à celui d'enseignant. L'enseignement est alors non un dispositif de transmission mais un dispositif critique où les expériences jouent un rôle de premier plan. Les plus grands peintres entraîneront alors les élèves au milieu même de leur propre cheminement. Dès le début GROPIUS avait créé un atelier théâtral. Ce qui frappe dans ces premières années du Bauhaus c'est l'extrême considération du corps et cela de manière générale et en dehors de l'atelier théâtral. Gertrud Grunow, psychologue spécialisée dans les sensations et les perceptions, avait été recrutée. Son cours d'harmonisation pratique s'étendait sur toute la durée des études au Bauhaus. Elle faisait entrevoir aux étudiants les relations complexes entre les sensations auditives et optiques et prônait l'harmonisation afin que chacun trouve son propre équilibre.
OSKAR SCHLEMMER va diriger l'atelier théâtral à partir de 1923. Il va placer la danse au premier plan. Le courant expressionniste empreint des théories de Laban, où l'espace est fondamental, va trouver au Bauhaus un écho de ses propres préoccupations : non-figuration, abstraction, tensions, rythmes, temps, durée, point, ligne, plan. La danse est par excellence le lieu de l'expérience. Elle dégage une esthétique irréductible de l'émotion et de l'instant.
Oeuvre de toute une vie le Ballet TRIADIQUE d'OSKAR SCHLEMMER sera réalisé au Bauhaus. C'est une pièce qui tient de la sculpture, de la peinture, de la danse. Onze années d'élaboration où l'on privilégie l'abstraction, celle qui en dehors de toute narration ne s'adresse qu'aux sens. SCHLEMMER est très critique vis-à-vis de ses contemporains les danseurs expressionnistes, dont il va même jusqu'à définir le travail de "caca héroïque". Il se heurtera à une forte résistance esthétique avec ses "danses du Bauhaus", Il s'agit pour lui d'explorer le corps avec des exercices qui isolent un thème et le traitent systématiquement : la danse de l'espace en 1926, la danse des formes en 1928, la danse des matières : des anneaux, des baguettes, du métal en 1929. Vaste réorganisation des signes, œuvre spatiale et éphémère, les danses de SCHLEMMER sont dynamiques et visuelles, elles expriment une conception de l'espace non verbale. Il s'agit de faire ressentir l'espace comme un produit de la forme du corps en mouvement et avant tout de percevoir les articulations comme les points sensibles qui animent les lignes de forces et la masse des membres.



Geneviève VINCENT,
Publié le 2004-02-09

Source Texte : ccnrb (http://www.ccnrb.org)

Genre : focus
Thème(s) : danse, architecture, design, Europe, Allemagne, éducation culturelle,
Mot(s) Important(s) : Bauhaus,
Artiste(s) : Oskar SCHLEMMER (chorégraphe), Geneviève VINCENT (rédacteur), Catherine DIVERRES (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : ccnrb - http://www.ccnrb.org

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